Chercheuse associée au Canthel, Jennifer Lorin a obtenu l’un des deux prix de thèse octroyés par le musée du quai Branly-Jacques Chirac, pour sa thèse intitulée « Devenir roi, pouvoirs et usurpations au sud-Bénin ».
Le Prix de thèse du Musée du Quai Branly – Jacques Chirac a été créé en 2007 pour encourager et soutenir les travaux de recherche dans les domaines des arts occidentaux et extra-occidentaux, des patrimoines matériels et immatériels, des institutions muséales et de leurs collections, de la technologie et de la culture matérielle.
Deux prix de thèse pour aide à la publication d’un montant total de 8 000 euros sont attribués chaque année à deux thèses de doctorat qui se distinguent par leur intérêt scientifique et leur originalité.
Devenir roi, pouvoirs et usurpations au sud-Bénin
Les recherches de Jennifer Lorin prennent pour objet les rois et le pouvoir royal dans le sud-Bénin contemporain. À travers une ethnographie de vingt mois passés dans le sud du pays, elle interroge les logiques de pouvoir et d’autorité à l’aune des récentes transformations de l’institution royale. Si la présence de royautés sur ces territoires est attestée au moins depuis le XIIIe siècle, le double mouvement de démocratisation et de décentralisation a en effet ouvert la voie, au cours des trente dernières années, à la multiplication des prétentions royales – particulièrement nette dans le sud du pays. Ce phénomène offre des voies d’analyse particulièrement fertiles pour saisir les logiques plurielles d’institutionnalisation du pouvoir royal en Afrique de l’Ouest, tant au regard des dynamiques historiques (à la fois avant et après la colonisation) de légitimation de la figure et du pouvoir du roi au Bénin qu’à l’aune de leurs transformations dans le contexte du « Renouveau démocratique ».
En prenant comme fil conducteur l’usurpation – stratégie de conquête du pouvoir en général – et son corollaire, la légitimation, cette thèse invite à dé-particulariser les critiques à l’égard des royautés contemporaines dites « inventées » ou « ré-inventées » pour les réinscrire dans leur historicité. L’usurpation constitue en effet une modalité centrale – et historique – de production du pouvoir royal, portant alors avec elle une fragilité qui lui est presque consubstantielle. C’est bien aussi cette ambiguïté que cette thèse entreprend d’analyser, à travers l’étude croisée des parcours d’une quarantaine de rois du sud-Bénin et de la manière dont ils exercent, au quotidien, leurs fonctions royales. Avoir le pouvoir, le conquérir, le conserver, voire le transmettre, nécessite non seulement de disposer de ressources bien spécifiques, mais également de se conformer à de multiples contraintes, obligations et interdits, témoignant ainsi de l’inconfort et de l’incertitude dans lesquels vit la majorité de ces hommes de pouvoir.
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